Jenny de Vasson : Témoignage artistique d'une vie

Publié le 13/10/2020

Pour débuter cette rentrée si particulière, la Bibliothèque Centrale de Versailles met la photographie à l’honneur. Présentant près d’une centaine de pièces rares, l’exposition "Jenny de Vasson : Une photographe à Versailles en 1900" rend hommage aux 100 ans de la mort de Jenny de Vasson, l’une des toutes premières femmes photographes.

C'est une collection "intime" et "familière" que J. de Vasson nous offre au travers d’autoportraits, de portraits de son entourage et de son environnement, à Versailles et ailleurs. Au-delà de simples photos, c'est un véritable album souvenir mis à notre disposition, immortalisant plusieurs moments de la vie personnelle de la photographe.

Un cadre propice

Le lieu où se tient une exposition est essentiel au succès de cette dernière, la preuve ! Outre la découverte de pièces rares, cette visite est aussi l'occasion idéale pour explorer un bijou du patrimoine versaillais : la Bibliothèque Centrale, et plus précisément, l’hôtel des Affaires étrangères et de la Marine.

En effet, ce lieu chargé d'Histoire est fascinant tant par sa décoration blanche et or, que par les ouvrages anciens et de grande valeur qu’il abrite. Une fois à l’intérieur, nos yeux ne savent plus où regarder. Je suis moi-même distraite par cette architecture impressionnante et sublime, à en oublier presque la raison principale de ma venue. Mais très vite, le regard impérial de J. de Vasson assise sur son trône, couronne de lys sur la tête, se pose sur nous et c'est parti pour une immersion dans le quotidien de cette pionnière de la photographie.

 

Six salles, six ambiances

L'hôtel se divise en six salles, chacune affichant une dizaine de clichés sur un thème particulier, sans pour autant suivre une chronologie quelconque. Coïncidence ou non, ces salles se réfèrent toutes à un lieu géographique : un clin d'oeil à la grande voyageuse qu'était J. de Vasson ? De plus, un cliché géant accompagné d’un court texte biographique domine l’entrée de chaque salle. Cette idée astucieuse permet de mieux appréhender et comprendre le contexte des photos que l'on s'apprête à admirer. Certaines d'entre elles ont même le droit à leur propre description détaillée. Pour les autres, à nous d'imaginer ce que la photographe a voulu partager…

Six autoportraits de l'artiste inaugurent ce parcours d’une trentaine de minutes. Car oui, le retardateur existait déjà à cette époque ! Et les appareils photo plus maniables et mobiles contribuèrent ainsi à l'essor de la photographie amatrice, une activité qui passionne et anime J. de Vasson depuis l’enfance. On fait alors connaissance avec une femme au physique assez imposant, mais au visage doux et rassurant, des caractéristiques que l'on retrouve dans l'ensemble de son oeuvre.

Un quotidien inspirant

Jenny De Vasson ne s'est jamais vantée d'être une photographe professionnelle. Quelques photos suffisent à comprendre que son but n'est pas forcément d'en tirer profit, mais simplement de s'amuser et vivre de sa passion. Son appareil ne la quitte jamais, puisque inconnus, êtres chers, paysages et monuments, tout y passe !

Ses amis, parfois célèbres, et membres de sa famille s’avèrent être une réelle source d'inspiration. Des clichés volés et des mises en scène travaillées prouvent que la photographe passe alors le plus clair de son de temps en leur compagnie, chez elle, chez eux, aux quatre coins de la France et de l’Europe... Une femme célibataire, aisée et libre. On finit presque par s'attacher à ces "personnages" que l'on recroise souvent, comme si l'on suivait, à eux aussi, leur quotidien et leur histoire.

Une photographe engagée, humble… et qui aimait s’amuser !

En comparant certains clichés, on constate une évolution dans le travail présenté. En effet, la qualité des photos et les techniques utilisées s’améliorent avec les années, témoignant ainsi des progrès techniques de l’époque et la volonté de J. De Vasson à s’essayer à toutes sortes d’expériences. Mettre en scène ses proches, les déguiser ou faire des montages semblent être un véritable divertissement. On sourit alors en l’imaginant « jouer » avec son appareil et donner des instructions à ses modèles.

Mais le jeu ne suffit pas. Via la photographie, J. de Vasson s’engage, et une autre atmosphère s’impose face aux portraits de jeunes hommes en uniforme. En pleine guerre, J. De Vasson décide de photographier de jeunes soldats et d’offrir ces clichés à leurs familles. Ou cette jeune femme, présente sur plusieurs clichés, qui est en réalité une réfugiée que la famille de Vasson a recueillie au début de la guerre.

De familles bourgeoises élégamment vêtues aux paysans plus modestes, c’est toute une société qui passe devant l’objectif : ruraux ou citadins, tous méritent d’être modèles. Et comment ne pas rendre son sourire à cette vieille paysanne ?

J. de Vasson illustre, de cette façon, la part de beauté de moments plus « sombres » de la vie, qui méritent néanmoins d’être conservés.

 

Petit bonus !

D’autres pièces rares sont également exposées, notamment deux tableaux signés Claude Monet ainsi que des lettres et des éditions originales de livres écrits par George Sand.

Merci à Jenny de Vasson pour ce magnifique témoignage artistique de la vie, et à la ville de Versailles de nous permettre d’y assister un siècle plus tard. Un moment agréable à passer dans un véritable havre de paix.

 

Joana Soares De Barros