J'ai testé pour vous : L’exposition « Willy Ronis en RDA - la vie avant tout »

Publié le 08/07/2021

Du 19 mai au 19 septembre 2021, L’Espace Richaud à Versailles propose une exposition photo « Willy Ronis en RDA - la vie avant tout » que j’ai eu la chance de visiter. Un bel hommage rendu au célèbre photographe humaniste Français, Willy Ronis (1910-2009) et à ce pays, aujourd’hui disparu de la carte.  

Un peu de contexte

En 1967, Willy Ronis se voit confier un reportage photo en République Démocratique Allemande (RDA) par l’association Echanges Franco-Allemands, et plus précisément, sur la vie quotidienne dans ce pays récemment créé et en plein développement. À savoir qu’à cette date, l’Allemagne était divisée en deux par le célèbre Mur de Berlin : la RDA d’un côté, et la RFA (République Fédérale Allemande) de l’autre. La RDA, située à l’Est, était alors sous l’emprise de l’Union Soviétique (sans rentrer dans les détails, une dictature quoi…).

Ainsi, à travers une centaine de clichés en noir et blanc, et autres diverses archives (lettres, carnets du photographe, etc.), W. Ronis nous fait ici le portrait d’un pays qui n’existe plus aujourd’hui en tant que tel, autrement dit un témoignage unique et pédagogique, qui ne laisse pas indifférent. 

 

                                          

Wernigerode, RDA, 1967 © donation Willy Ronis, ministère de la Culture – MAP, diff. RMN-GP

 

Quand la photo raconte l'histoire

Avis aux amateurs d’Histoire et de photographie : Cette expo est faite pour vous !

Cette dernière se divise en trois sections où sont répartis de nombreuses photos et autres objets, le tout accompagné de brèves descriptions, utiles pour comprendre ce qui nous est présenté. On en apprend ainsi sur l’organisation et le déroulé de ce reportage, sur la vie et la carrière du photographe, mais surtout, sur la vie quotidienne des habitants de la RDA en 1967.

On commence cette visite par une immersion totale dans ce reportage/voyage, du départ de W. Ronis, à ses premiers clichés à destination, en passant par des supports écrits du photographe lui-même, rendant ainsi l’exposition encore plus authentique et vivante. Vivante, car W.R partage en effet avec nous des scènes de la vie quotidienne, prises sur le vif, d’Allemands de l’Est en 1967 : hommes, femmes, enfants, qui se baladent, au restaurant ou faisant leurs courses…

Ce type de clichés se retrouvent en 2ème partie de visite, mais exposés différemment.

 

                                         

« L’œil écoute », Musée du Louvre, Paris, 196 et« Adam et Ève » de Lucas Cranach, Musée du Zwinger, Dresde (RDA), 1967 © donation Willy Ronis, ministère de la Culture – MAP, diff. RMN-GP

 

Nous avons là une comparaison photographique de la société en RDA en 1967, avec celle d’autres pays européens à une autre époque. Un procédé intéressant, qui met en lumière l’égalité des Hommes : malgré les différences de culture, de langue, de pays, d’habitudes, d’âge, de sexe, et même d’époque, nous sommes finalement tous (presque) pareils !

Par exemple, si nous n’avions pas les indications écrites près des œuvres, jamais nous n’imaginerions que le cliché (parmi d’autres tout aussi flagrants) de cette mère observant un tableau au Louvre avec son enfant date de 20 ans avant celui pris en RDA, représentant à nouveau une mère avec son enfant face à un tableau. Néanmoins, cela met en avant le décalage et le retard de la RDA, qui, en 1967, semblait être au même niveau de vie et de développement qu’un Paris en 1947.  

Pour finir, W.R présente ensuite l’aspect artistique et laboral de la société est-allemande à cette époque au travers de nombreux portraits d’artistes et de travailleurs en pleine activité.

Alors c'était ça, la RDA ?

Un des objectifs de ce reportage était notamment de montrer aux yeux des autres pays européens que la RDA était certes un pays récent, mais en pleine transition. Mais… Sauf erreur de ma part, la vie en RDA en 67, ce n’était pas si rose, n’est-ce pas ? Les habitants de l’Est fuyaient à l’Ouest… Et pourtant ! Si l’on imagine un cadre de vie dur et autoritaire, c’est ici un pays qui semble en paix, où il fait bon vivre, qui se développe, où l’art émerge, et où la sociabilité et le plein-emploi sont au rendez-vous… Un contraste frappant avec l’imaginaire commun que nous avons de cette dictature.

Un tout qui rend alors cette exposition d’autant plus intéressante, unique, intrigante, originale et surtout, à faire !

 

                                             

 

Joana Soares De Barros