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L'interview de Stépanie Kozlovsky

Au début du spectacle, nous saluons Stéphanie Kozlovsky, la metteur en scène, qui accepte de répondre à nos questions à la fin de la représentation. Nous la retrouvons donc, sourire aux lèvres, fière du rendu de la pièce.


JVersailles : Comment vous êtes vous préparé pour cette pièce ?


Stéphanie Kozlovsky : Nous nous réunissions depuis Septembre dernier tous les samedis matin, de 10h à 12H. L'année se divise alors en trois parties. J'ai repris le texte de Molière sur internet, je choisis les thèmes que je souhaite aborder et j'essaie de leur présenter les choses de façon très visuelles, avec des couleurs. Si je leur amenais le livre entier, cela les découragerait et ce serait trop lourd pour eux. Cette méthode leur permet de se sentir impliqué.

A la fin de ce livret, nous pouvons trouver (elle tourne les pages pour nous montrer) un lexique qui définit tout le vocabulaire compliqué pour ces enfants de CM2 ou 6ème.

JVersailles : Au début de l'année, avant de travailler la pièce, avez-vous fait des ateliers, des improvisations avec les enfants pour les mettre en confiance ?


Stéphanie Kozlovsky : Non, en fait, je fonctionne de manière ludique. J'ai fabriqué un jeu de cartes sur le thème de Molière. Sur les cartes figurent des extraits de pièces, des petites répliques. Chaque enfant tire au hasard la carte de son choix, et lit ce qui s'y trouve. Cela me permet pour moi, d'évaluer tout de suite les compétences de chacun : on sent immédiatement celui qui est plus à l'aise dans le registre de l'hypocrisie, de l'ironie...

Cela révèle aussi leur niveau de lecture. Parfois, je me dis que la route sera très longue !

J'avais un élève qui n'arrivait pas à apprendre ses textes, je souffrais pour lui et il en souffrait aussi d'ailleurs. Quand je lui demandais de réciter son texte, il était bloqué. Dans ce cas, nous essayons toujours de trouver des arrangements. Pour ce même élève, il était alors question qu'il crie sous les coups du médecin, mais vous avez bien vu qu'il ne l'a pas fait . On ne peut pas faire de miracle, donc on fait avec (sourire). Et puis, comme vous l'avez aussi sans doute constaté, ça a tout de même été la scène la plus drôle de la pièce !

Le premier semestre est donc très vivant, grâce aux cartes. Mais je travaille également avec un ballon pour leur apprendre à renvoyer une réplique : On regarde son partenaire, on est présent, et si le ballon passe à côté cela signifie qu'on est en train de rêver.

 

JVersailles : A ce moment là, il vous reste donc deux semestres ?


Stéphanie Kozlovsky : En effet. Quand on attaque le deuxième semestre, je suis dans la préparation des costumes et du décor. Mais en parallèle, je passe de longues minutes avec chacun pour la répétition de son texte. Les autres sont assis et regardent. C'est la période la plus difficile pour eux, la plus longue car c'est beaucoup d'attente, c'est refaire encore et encore.

La troisième partie est consacrée aux répétions avec les costumes et les accessoires. Il s'agit du moment le plus créatif de la pièce. Les décors et les costumes amènent chaque fois plus de nouveautés, et jusqu'au dernier moment, des choses changent.

Malgré tout ce travail, je ne sais pas si je leur apprends à être des comédiens. En effet, être comédien ne s'apprend pas, c'est en nous. Ce qui est dans mes capacités en revanche, c'est leur donner la possibilité de l'exprimer. A la différence par exemple d'un enfant qui réussit à exécuter une gamme au piano sans y croire, au théâtre, cela se ressent, et donc ne fonctionne pas. Je ne suis pas en mesure de les forcer si ils n'ont pas envie, sous peine d'un mauvais résultat.

 

JVersailles : Etait-ce une première scène pour ces comédiens en herbe ?


Stéphanie Kozlovsky : Non, Tiphaine qui interprétait Louison et Nicolas, Argan, avaient déjà travaillé sur le bourgeois gentilhomme. Sinon, pour les autres c'était en effet leur première fois.

 

JVersailles : Une belle première fois en tout cas. Si il y a eu des ratés nous ne l'avons pas vu !


Stéphanie Kozlovsky : Si, moi j'ai vu ! (rires)

Vous savez, une pièce de théâtre c'est comme un jardinier qui s'occupe de son jardin, il faut s'en occuper, semer des choses. Il y a des fleurs qui poussent un mois avant le spectacle, et d'autres qui ne germent pas !

 

JVersailles : Avez-vous déjà dirigé des adultes ?


Stéphanie Kozlovsky : Oui, c'est arrivé de façon très particulière. Une jeune femme m'a gentiment demandé de diriger la mise en scène de son spectacle, ce fut un travail que j'avais particulièrement apprécié.

 

JVersailles : A l'origine, êtes-vous metteur en scène de profession ?


Stéphanie Kozlovsky : Pas tout à fait non. Je suis comédienne à la base, mais je suis avant tout une artiste qui aime créer. J'ai conçu les costumes, j'aime allier les couleurs, assembler les matières.

La mise en scène, je ne sais pas trop comment je suis tombée dedans. Surement par le jeu, car déjà quand je jouais dans des troupes, je me posais beaucoup de questions, je cherchais, je proposais des choses, j'avais cette volonté de créer, de dire des choses.

 

JVersailles : Ressentez-vous une différence entre diriger des adultes et des enfants ?


Stéphanie Kozlovsky : Les enfants savent jouer, dans la cour de l'école, dans la vie de tous les jours. Il est inutile de leur apprendre. Seulement, l'inconvénient est qu'il faut réussir à les faire jouer avec un texte appris par coeur. La barrière la plus compliquée à franchir est celle du sérieux. Pour eux, apprendre un texte par coeur renvoie automatiquement au système scolaire. Ils sont alors angoissés, ou même bloqués !

Pour ce qui est des adultes, le plus difficile est de retrouver cette capacité à jouer. Pour illustrer mes propos, je vous donne l'exemple d'une adolescente à qui j'avais demandé de se mettre à genou, et de réciter son texte en parcourant la scène à quatre pattes. Exercice qu'un enfant accepterai sans sourciller. Cependant, elle a refusé de façon catégorique car justement, elle se retrouvait dans une situation infantile.

 

JVersailles : Dernière question et nous vous laissons souffler, pouvez-vous nous parler brièvement de votre prochain spectacle ?


Stéphanie Kozlovsky : Petites pièces de publicité. Ce sont en réalité de petites scènes de comédies aussi courtes que des publicités et qui nous familiarisent avec ces pub qui ponctuent nos téléfilms ou émissions de télévisions. Il s'agit de s'interroger sur les promesses qu'elles nous font. Au lieu de les condamner, j'ai décidé d'en jouer pour en rire. A défaut de ces publicités, je n'ai rien à vendre si ce n'est du théâtre et l'amour que j'éprouve pour celui ci.  

 

B. Morin


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