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L'interview de Jean-Hervé Appéré

Jversailles avait interviewé Jean-Hervé Appéré, l'an passé, dont la troupe donnaient ses premières représentations de La Nuit des Rois, de Shakespeare. Il revient cette année avec la Compagnie Burlesques Associés, en résidence à Versailles, pour le spectacle 1929 ou Moustic et Mastoc font du cinéma. A cette occasion, nous publions l'interview réalisée avec lui en 2010.

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Jv : Pourquoi avez-vous voulu monter la nuit des rois ?

Jean- Hervé Appéré : Parce que, tout comme celles de Molière ou Brecht, les pièces de Shakespeare sont des incontournables du théâtre. La rencontre entre Shakespeare et la Compagnie était inéluctable. Pour le Mois Molière il fallait une comédie qui pourrait plaire à un large publique, et La nuit des rois est selon moi l’une des comédies les mieux construites et les plus équilibrées de Shakespeare, mais aussi la plus exubérante.

 

 Jv : Vous montez cette pièce avec votre propre traduction.  Quelle différence apportez au texte ? En quoi vous démarquez-vous ?

JHA : Cette traduction m’a permis d’adapter le texte d’origine à une troupe de comédiens que je connais bien, et les mots et situations prenaient directement une forme scénique. En choisissant un langage moins littéraire, j’ai cherché à valoriser davantage le jeu. J’ai en outre choisi le décasyllabe qui est efficace et plus rapide, et qui s’adaptait mieux en français pour transcrire la langue très poétique mais plus concise et vive qu’est l’anglais. Traduire du Shakespeare peut aboutir à un style très lourd, j’ai donc eu à assouplir le texte en conséquence.

Jv : Considérez-vous cette pièce comme une comédie ?

JHA : Oui pour moi c’est une comédie, mais une comédie au sens que lui a donné la Renaissance : ici, la comédie n’empêche pas le drame. Dans cette pièce le rire et les larmes s’entremêlent. Cependant, on l’appelle comédie parce que ça finit bien, simplement.

Traditionnellement, dans le calendrier Elisabéthain, La nuit des Rois correspondait à la dernière nuit des fêtes de noël. L’opposition entre le carême et le carnaval rappelle celle qui opposait païens et chrétiens. Ce dérèglement passionnel parfaitement incarné par le personnage de Sir Tobie s’oppose à la raideur et au cynisme de l’intendant puritain, Malvolio. En fin de nuit, comme en fin de carnaval, il faudra que les excès, qui d’un côté comme de l’autre aboutissent à une brutalité dramatique, soient purgés pour rétablir l’équilibre… jusqu'à l’an prochain.

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