L'interview de Jean-Hervé Appéré (suite)
Jv : Quand avez-vous commencé la mise en scène avec votre troupe ?
JHA : Nous avons mis en route la partie technique en novembre, soit tout ce qui est chants, musique, et les chorégraphies des combats. La musique a d’ailleurs dans notre troupe une importance prépondérante.
Le jeu en lui-même n’a commencé qu’en janvier.
JV : La mise en scène de Nicolas Briançon cet hiver a-t-elle été une source d’inspiration ?
JHA : Je n’ai pas vu cette adaptation mais j’ai quelques souvenirs du film de Trevor Nunn, bien que je l’aie vu il y a un certain temps. Je préfère être influencé par d’autres choses, multiples, par exemple des faits divers, des livres…. Il y a dans le théâtre de Shakespeare toujours plein de choses à dire, ses pièces sont très ouvertes. De façon générale, je ne tiens pas à rechercher d’autres interprétations d’une pièce que je monte.
JV : Comment avez-vous choisi de jouer sur l’ambiguïté sexuelle des personnages ?
JHA : Pour incarner la gémellité de Viola et Sébastien, j’ai voulu favoriser le symbolisme. Les deux personnages sont joués par deux comédiennes masquées, deux femmes, et par conséquent l’ambiguïté est manifeste, et le public est plus complice de la farce. Tout est renversé. Shakespeare a voulu que cette Nuit soit un duel entre le carnaval et le carême ; les travestissements, le désordre final est un vertige dans lequel nous essayons de faire entrer le public.
JV : En quoi cette pièce s’adresse-t-elle à la jeunesse ?
JHA : Parce qu’elle traite de l’amour, de la passion qu’on contrarie, d’un certain désir de libération, cette pièce s’adresse aux jeunesse. C’est une sorte de défouloir, une catharsis. Les personnages veulent se défaire des gangues sociales qu’on leur impose. Regardez, dans la pièce, une servante épouse un noble, ça ne se faisait pas à l’époque ! D’ailleurs aujourd’hui encore nous sommes garrottés à une morale bien-pensante dont on peut voir de multiples échos dans notre quotidien ou dans la presse. Dépassons le cadre de l’amour, et regardons du côté de la censure : croyez-vous que Stéphane Guillon sera encore à l’antenne en septembre ? je ne crois pas.
Il y a aussi la folie, qu’on associe souvent aux jeunes ; bien sûr, c’est faux, il y a une folie des adultes qui est sans doute bien plus grande encore.
Il y a une certaine mise en scène de la liberté, la servante côtoie les « Sires » et ceux-ci jouent une farce à l’intendant puritain comme des valets de comédie. Tout est renversé, et le fou passe pour le plus sage de tous.
JV : Selon vous, quelle place le mois Molière a-t-il aujourd’hui en France ? Qu’espérez-vous du futur de ce grand rassemblement où les arts théâtral et musical sont mis à l’honneur pendant un mois?
JHA : Je ne sais pas exactement. Pour une troupe c’est une très belle occasion de roder un spectacle en de bonnes conditions avant le festival d’Avignon et de présenter à un premier public des œuvres accessibles, dans le bon sens du terme. Je n’en espère pas davantage, il faut surtout garder le cap.

