Les Misérables
Le 18 Juin 2011 - Grandes Ecuries
Est-ce possible de s'attaquer à l'oeuvre de Victor Hugo en une heure et quart seulement ? Un défi très ambitieux ! Et pourtant, la Compagnie Philippe Person le relève avec brio.
Le projet parait à la fois simple et impossible. Souhaitant rendre hommage aux figures du rebelle, Philippe Person choisit immédiatement Victor Hugo. Et il ne faiblit pas quand Philippe Honoré lui suggère d'adapter Les Misérables.
Sans plus attendre, il s'attèle donc à ce mythe. Comment faire (re)découvrir un roman culte qui traverse les époques, en peu de temps ? Lui vient alors l'idée de présenter la pièce sous forme de cirque. A l'image des numéros qui s'enchainent, des bribes de l'histoire de Cosette et Jean Valjean se succèderaient. Comme un genre de "best-of", nous avons "le meilleur" des Misérables en 75 minutes.
C'est ainsi qu'avec un décor digne de cabaret, les comédiens incarnent les personnages, content et commentent Les Misérables. Le spectacle débute alors même qu'un comédien est encore en train de se maquiller, sur un côté de la scène. Sur celle ci, un décor bref, quatre plots, dont trois ornés de loupiotes identiques à celles présentes dans des loges d'artistes. Dans un coin, un porte-manteaux supporte les costumes des comédiens, qui se changent à la vue des spectateurs.
L'adaptation, tout comme la mise en scène et les costumes d'ailleurs, est un pari.
Perchés chacun sur son plot, les comédiens imaginent les critiques. Emmanuel Barrouyer débute alors une énumération d'adjectifs péjoratifs sur l'oeuvre de Victor Hugo : "immonde, répugnante, nauséabonde, affligeante...". Il enchaine avec des commentaires corrosifs de Baudelaire, Flaubert ou des frères Goncourt : "livre immonde et inepte", "sans vérité ni grandeur", "profonde déception"... et la liste est longue. Une façon pour eux de devancer les avis sévères des spectateurs mécontents. Mais cela fait partie de leur spectacle ! Voila toute l'ambiguité de leur mise en scène.
L'enjeu est la, présenter une pièce avec humilité et arrogance. Ainsi, entre narration et interprétation, nous basculons tantôt dans l'univers du roman, tantôt dans l'explication et le résumé. Certes, le spectateur est surpris, car celui qui s'attendait à retrouver l'intégralité de l'oeuvre est trompé. Cependant, nous retrouvons le galérien Jean Valjeant, la pauvre Faustine, l'impitoyable Javert, les Thénardier, et Marius, toujours épris de Cosette. Les trois comédiens enchainent les personnages, au fil des scènes qu'ils interprètent. Parfois, l'un deux, telle une voix off, conte une partie de l'histoire pendant que les deux autres miment. Les comédiens nous font osciller entre le regard triste, plein de compassion envers Faustine, et le sourire aux lèvres quand nous reconnaissons des imitations de Michael Jackson ou la chanson de Jacques Brel Ne me quitte pas.
Ainsi, dans l'univers ludique du cabaret, la pièce nous fait revivre le climat de ce livre qu'on a aimé ou détesté. Avec tous ces clins d'oeil plein d'humour, les acteurs ont sans doute voulu nous faire comprendre pourquoi cette pièce est encore d'actualité.
Le résultat est sans appel. Ou si plutôt. Quatre rappels prouvent la réussite de ce chalenge qui tourne depuis deux ans. L'émotion des comédiens est palpable, une standing-ovation et un tonnerre d'applaudissements saluent aussi bien le travail que la prise de risque du projet.
B. Morin

