Les Enfants du paradis
Au beau milieu du boulevard Foch, square Jean Houdon, de mystérieux personnages attirent l’attention des passants : sur un tréteau orné d’un rideau rouge, les comédiens s’activent déjà, vingt minutes avant le début annoncé du spectacle. Après les dernières répétitions, ceux-ci installent une bâche pour les futurs spectateurs, les attendant avec une visible frénésie. L’Académie Internationale des Arts du Spectacle rend cette fois-ci un hommage au pantomime, reprenant des ficelles du film culte de Marcel Carné, Les enfants du paradis.
Des aléas retardent le début du spectacle : la sonorisation ne peut être assurée dans l’immédiat. Pour faire patienter un public, parmi lequel on trouve un grand nombre d’enfants, le metteur en scène, Elena Serra, s’improvise animatrice. Après avoir procédé à une approche avec les spectateurs, invitant par exemple les enfants présents à désigner le personnage de Pierrot parmi les comédiens ou à donner leur propre définition du mime, la femme s’emploie à donner sa conception du pantomime : « l’art de rendre visible l’invisible ». Avec un humour débordant et plein de poésie, le public pénètre dès lors dans le monde des enfants du paradis, avant même le début du spectacle.
Au vrai lancement de la pièce, le public plonge dans l’univers du pantomime. A travers l’histoire d’amour de Garance et Baptiste, qui « naît sur le boulevard du crime et continue au Théâtre des Funambules », les comédiens jouent de leurs corps et de leur esprit, opérant de nombreux arrêts sur image pour laisser le temps au spectateur d’interpréter la situation. Les comédiens ne pipent mot dès qu’ils deviennent mimes, et sortent de leur mutisme dès qu’ils s’échappent du monde du pantomime. L’atmosphère, elle, est toujours la même, empreinte de poésie, de beauté et d’imaginaire.
Malgré une fine pluie, les spectateurs restent attentifs aux moindres détails et sourient des folies des comédiens. Les habitants du quartier, probablement attirés par les rires et les musiques, sortent même sur le balcon pour assister à ce spectacle si différent des représentations habituelles. Au final, plusieurs saluts heureux des comédiens et les applaudissements enjoués du public traduisent la création réussie d’un univers poétique.

