Le KWTZ et Villa à vendre (Sacha Guitry) et Feu la mère de Madame (Georges Feydeau)
Le 10 Juin 2011 - UIA
Dans une Université Inter-Âges comble, le metteur en scène, Thierry Chauvel, s’apprête à réaliser le défi de son année : présenter trois pièces courtes de deux grands noms du théâtre français, Sacha Guitry et Georges Feydeau, en une seule soirée et avec des élèves adultes tous issus du même cours de théâtre. Il ne s’agit en effet pas d’une troupe mais bien d’un cours, donc les participants ont été divisés en trois groupes, chacun interprétant l’une des pièces présentées. A l’aide d’un format original, c’est une nouvelle façon d’apprécier le théâtre que nous proposent Thierry Chauvel et ses comédiens en cette soirée du Mois Molière.
Le KWTZ est la première pièce de la soirée. Elle a été créée par Sacha Guitry en 1905 et est souvent présentée comme un drame passionnel. Pourtant, c’est surtout l’humour absurde de son auteur qui fait merveille. Il s’agit ici d’un couple d’amants, Maximilien et Hildebrande, qui, ne pouvant apprécier leur passion ouvertement, décident de mettre fin à leurs jours ensemble pour « vivre leur amour dans l’éternel ». C’est pourtant sans compter sur le mari officiel et sur la bonne de Madame, qui vont rendre le projet difficilement réalisable. L’humour est ici noir et particulièrement immoral, ce qui constitue évidemment un délice pour un public spectateur des caprices du destin.
C’est avec une deuxième pièce de Guitry à l’humour plutôt cinglant, intitulée Villa à vendre, qu’ont ensuite rendez-vous les spectateurs : une propriétaire de villa, Juliette, décide enfin de mettre en vente son bien et reçoit alors un couple d’acquéreurs. Peu emballés au départ, les deux époux vont finalement changer d’avis grâce à un mystérieux personnage.
Enfin, c’est avec un classique de Georges Feydeau que se clôt la soirée. Dans Feu la mère de Madame, le spectateur assiste aux déboires d’un couple hilarant. En pleine scène de ménage après que l’époux, Lucien, ait réveillé sa femme, Yvonne, au retour d’une soirée costumée, l’ambiance change du tout au tout lorsqu’un messager sonne à la porte : il annonce en effet le décès soudain de la mère de Madame. Pourtant, encore une fois, le public n’est pas au bout de ses surprises.
Traitant de sujets souvent difficilement abordables en comédie ou dans le théâtre de boulevard, tels que la mort et l’argent, ces trois pièces ont en commun les mêmes traits d’humour, souvent cyniques et satiriques, à l’encontre des codes. Ce qui aurait pu dérouter n’a pourtant pas atténué le caractère comique des œuvres et du jeu proposé, tant les rires du public n’ont cessé du début à la fin, et ce dans les trois pièces présentées. Il incombe ainsi de saluer le talent et la simplicité des quelques treize comédiens du cours, dont certains s’avéraient débutants, qui comédiens ont tous réussi à fidèlement retranscrire l’esprit et l’humour d’un Guitry ou d’un Feydeau. Grâce aussi à une cohésion perceptible et à des décors de qualité, c’est une vraie soirée théâtrale, drôle et enlevée, que nous a offert le cours de Thierry Chauvel.
S. Malriat

