La Peur Matamore
Le 9 Juin 2011 - Manège des Grandes Ecuries
Denis Podalydès, sociétaire de la comédie française depuis 2000, met en scène dans le manège des Grandes Ecuries des extraits de son dernier livre, La Peur Matamore.
Dans une langue raffinée et précise, il partage sa passion, ses peurs, ses doutes sur cet art espagnol : la corrida.
Actuellement à l'écran dans La Conquête, Denis Podalydès revient sur scène pour présenter son dernier ouvrage, La Peur Matamore. En véritable "aficionado", il ose parler de sa passion, la tauromachie.
Pendant plus d'une heure, seul sur scène, muni simplement de son livre, il évoque cet engouement tout particulier. Prêt à tout pour circuler sur les routes espagnoles, souvent en solitaire, il raconte. Est-ce raisonnable de partir 3 jours, pour assister à deux corridas, sans réserver ni hôtel, ni voiture, ni place dans l'arène, ni billet d'avion ? Seule cette passion, toujours présente, l'obsède.
Et pourtant, il a peur. Face à cette passion et l'admiration qu'il porte aux toreros, il avoue son manque de bravoure. Il se définit lui même comme un "toreador de salon". En effet, avec humour, il se souvient de Nino, son neveu de 3 ans qui traverse sa muleta, ou Rose, son amie qui, pour faire avaler la "pillule" à ses parents, se prète au jeu et se prend pour un taureau le temps de quelques passes. Le comédien oublie, à ce moment là, les regards perplexes de ses beaux-parents, ou le caractère ridicule de la situation. Il est habité par José Tomas, espère l'égaler par sa grâce et son courage.
Ces petits moments de bonheur pour l'acteur viennent combler son manque de courage. Fasciné par la corrida, il reconnait trembler devant un veau, abandonné dans un pré. Il nous raconte avec vivacité cette fois où il se retrouve en deux temps trois mouvements, dans un pré, avec comme muleta son blouson, avec comme taureau, ce "petit" veau. Il nous raconte surtout, comment, en l'espace d'une seconde, il se retrouve dans la ligne de mire de l'animal, qui court dans sa direction. Il oublie la grâce, son envie de toréer. Oui, il a peur. Malgré sa passion dévorante, Denis Podalydès est donc condamné à être "torero sans taureau".
Encore aujourd'hui traumatisé par les cours d'équitation avec sa classe, il se souvient d'Atos et Coppelia. Tétanisé, il s'imagine cependant grand cavalier, exécutant à la perfection les sauts d'obstacles, en tenue de concours. Toutes les excuses sont bonnes pour éviter de se voir attribuer la terrible jument. Encore une fois, Denis Podalydès, plein d'humour, dresse un tableau, sans honte, de son absence de courage.
Et pourtant, il n'est pas si pleutre que ça. Il lui est arrivé de descendre dans l'arène, de se retrouver face à cette bête noire, qui le fait tant rêver lorsqu'il est dans les gradins. Au lieu d'attirer le taureau avec sa muleta, par un mouvement aussi inexplicable que suicidaire, il est à terre, cape rouge contre lui. Et puis, vient le jour de sa rencontre avec José Tomas. Le José Tomas. Le maître, son idole, il l'admire par son courage, son élégance, sa grâce, et garde comme souvenir de cette entrevue, "deux photos, une ratée, une bonne."
Denis Podalydès, aussi sincère qu'émouvant, fait apparaitre des choses qui pourtant ne sont pas la. Bien que seul sur scène, nous imaginons le taureau qui passe et repasse à côté de lui, nous visualisons Nino qui se jette dans sa muleta, nous apercevons José Tomas, droit comme un I, en tenue d'opérette, dans les arènes de Barcelone. "Comme un toreador captive un cercle entier de 13 000 personnes ", le comédien passionne le public présent.
"Dans tout Matamore, il y un matador. J'appelle Matamore ce désir de peur, de fuite, cet élan comique, violent, furieux, instable, incertain, affabulateur, qui me tient, me pousse, me fait travailler, avancer, reculer, m'encombre et me remplit, m'entrave et me libère. "
B. Morin


