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Interview Moustic et Mastoc

 Dans une ambiance détendue et autour d'un café, Moustic et Mastoc répondent à nos questions. Pour JVersailles, lors d'une interview régulièrement interrompue par la naissance d'une nouvelle idée, les comédiens se dévoilent et révèlent quelques uns de leurs secrets. 

JVersailles : Depuis combien de temps jouez vous ensemble ?

Moustic et Mastoc : Précisément depuis 2006 avec Parade d'après l'œuvre de Simon Gueulette avec la compagnie Cinquième Acte (Mois Molière 2006).

JVersailles : Quels sont vos parcours respectifs ?

Moustic : Alors, pour être bref dans mon parcours, j'ai travaillé avec plusieurs compagnies différentes, avec des styles de théâtre différents. En 2000, j'ai travaillé avec une comédie italienne à Paris. J'y ai travaillé pendant six ans. Tout au long de cette période, j'ai fait des stages avec Carlo Boso. Et puis c'est là-bas que nous nous sommes rencontrés avec Mastoc. Enfin, pas vraiment … c'est surtout là que nous nous sommes retrouvés.

Mastoc : Il faut dire une chose, on est cousins germains par alliance !

JVersailles : Depuis combien de temps venez-vous au Mois Molière ?

Mastoc : Pour moi, la première fois était en 2001 avec une autre troupe. En 2005 j'ai été l'invité d'honneur.

 JVersailles : Pour Moustic et Mastoc font du cinéma vous n'êtes que deux, mais il me semble vous avez une troupe à côté?

M et M : Oui, en fait, nous avons deux troupes. "Burlesques associés", et "Comédiens et compagnie" qui joue régulièrement. La compagnie joue tous les ans au Mois Molière, depuis 2004, sauf il y a deux ans et cette année puisque nous avons fait une création tous les deux ("Burlesques associés"). L'an prochain, ce sera donc une création avec la grande troupe.

JVersailles : Pourquoi et comment vous est venue l'idée de réaliser une pièce sur le cinéma muet ?

Mastoc : Il faut partir du point de départ. Au début, nous voulions jouer ensemble. Nous avons un amour inconsidéré pour la commedia, pour le burlesque américain du début XX ème siècle et pour Molière.

On voulait montrer qu'il y a un lien entre tout ça. Ce sont les mêmes principes de jeu.

Les spectateurs ont du mal à le croire mais ce sont les comédiens italiens qui ont découvert des ficelles. Quand tu vois un film muet tu vois de la commedia dell'arte.

Nous voulions rendre hommage au cinéma muet. Laurel et Hardi est le seul couple burlesque mythique donc il était évident pour nous de nous en servir. On a donc repris et accommodé. C'est un peu le différend que nous avons avec notre collaboratrice artistique qui nous renvoie souvent vers Laurel et Hardy. Sauf que pour nous, c'est seulement un clin d'd'œil. Ce sont des inspirations, malgré un certain nombre de références (Charlie Chaplin et la scène des cuillères...)

JVersailles : Laissez-vous de la place à l'improvisation ?

Mastoc : Oui, beaucoup ! Et vous le voyez grâce à l'interaction avec le public. Dans Moustic et Mastoc font du cinéma, nous avons au moins 10% d'improvisation, ce qui est énorme ! Parfois c'est plus, parfois c'est moins. Nous improvisons pas mal, mais moins bientôt. S'il y a trop d'improvisation, le langage devient courant, quotidien, et le spectacle perd alors en qualité. Or, ce qu'on fait est extra-ordinaire (hors du commun) sur scène, ce n'est donc pas le but. Et puis, on se sert de tellement de références qu'on ne peut pas transformer ça en langage quotidien.

Moustic : A partir du moment où on s'évade de prison, c'est de l'improvisation. Dès cette scène, il s'agit de l'interaction avec le public. Nous arrivons à retomber sur nos pattes, car on sait ce qu'on doit se dire pour enchaîner.

JVersailles : Avez-vous déjà été confrontés à un public qui ne réagit pas ?

Mastoc : Non, pas avec ce spectacle. Dernièrement, nous avons présenté 1929 devant une école primaire, ça s'est très bien passé. Une classe de Terminale aussi, même s'ils étaient peu nombreux, avait très bien réagi. Lors de la première dite « officielle », le 2 Juin, au Carré à la farine, ça a cartonné. Nous avons aussi joué près de Metz le 3, et c'était parfait ! Le public joue le jeu.

Moustic : Oui, et puis, un type qui fait la tête, on ne le choisit pas ! C'est très rare mais cela arrive. A part pour le cameraman, où là, nous demandons un véritable effort, car il faut se lever, nous ne les mettons pas vraiment en danger.

Mastoc : Et nous commençons à être identifiés en temps que Moustic et Mastoc, les gens se déplacent pour ces deux personnages et savent donc à quoi s'attendre.

JVersailles : Justement, avez-vous des anecdotes à nous raconter ?

Moustic : Sur 1929, pas encore, mais sur l'ancien, oui. Lors d'une représentation de Molière malgré lui à Avignon, nous demandons à un monsieur du public de lire un papier. Le spectateur avait refusé en disant que le spectacle n'était pas à son goût, que ce n'était pas ce qu'il était venu voir, que ce n'était pas Molière.

Mastoc : Sauf que oui, Molière malgré lui, ce n'est pas Molière !

JVersailles : Vous comptez donc bel et bien créer d'autres pièces avec Moustic et Mastoc ?

Mastoc : Bien sur, on y compte bien ! On souhaite réécrire une pièce, Moustic et Mastoc font … mais la question justement c'est que font-ils ? Parfois, ils incarnent des personnages très différents, l'un peut être riche et l'autre son serviteur... C'est un petit peu comme Arlequin Empereur de Chine, on voit son habit d'Arlequin sous le costume de l'empereur. Au début, on s'occupe du thème, du déroulement, de la trame du spectacle, sans les dialogues. Après, avec les répliques, plein de choses apparaissent, d'autres changent. Moustic et Mastoc font du cinéma est la première pièce que nous écrivons tous les deux. Et ce n'est pas de la littérature, nous sommes bien d'accord !

JVersailles : Changez-vous quelques moments de votre spectacle au fil des représentations ?

Moustic : Oui ! Par rapport à la première représentation au Mois Molière début Juin, nous avons une page de texte en plus ! 

Le spectacle évolue au vu de la réaction du public ou de la sensation que nous avons du spectacle en lui-même. Il arrive qu'on sente un creux à tel ou tel moment, ou au contraire, une scène peut être trop chargée.

Mastoc : Et puis, pour 1929, il existe plusieurs versions. Une version que vous avez vue au début du mois, sans décor, juste nous sur scène, et une version « théâtre ». Le rideau nous permet de jouer sur la peur, sur l'apparition d'un personnage. La bobine est remplacée par la projection sur un écran. En fait, on fait semblant, on joue directement derrière l'écran. Avec les effets des projecteurs, il y a un effet flou, comme au cinéma. Et à la fin de la scène, Moustic va dans le public croquer une jeune fille, et moi au fur et à mesure des changements de costumes, j'arrive sur scène complètement débrayé ! Vous n'aurez pas la chance de découvrir la version dite théâtre à Versailles ! (rires)

JVersailles : Dans le spectacle, vous jouez de la musique. Avez-vous une formation de musicien à la base ?

Moustic et Mastoc : Non ! Nous n'avions jamais joué de cuivres ! (rires)

Mastoc : Nous avons commencé en décembre et janvier avec les meilleurs professeurs.

C'est difficile, nous manquons de cours, et nous changeons d'instruments tout le temps. Il arrive qu'on soit perdu avec un nouvel instrument dans les mains, car on ne sait plus où est la note.

Moustic : Jouer avec le même instrument toute la pièce excuse le mauvais départ car il est possible de se rattraper. Ce qui n'est pas le cas ici ! (rires)

JVersailles : D'où vous est venue l'idée d'intégrer ces instruments dans votre pièce ?

Mastoc : Tout simplement parce que c'est la musique de l'époque : 1929, le jazz, la fanfare. On peut jouer partout, par tous temps. La preuve, quand je veux nettoyer mon cuivre, je lui donne un bain ! (rires)

Les cuivres sont donc devenus les instruments de Moustic et Mastoc. Nous avons commencé avec un, puis deux, puis trois. Et vous voyez aujourd'hui le résultat. (Il montre la pièce d'à côté, remplie d'instruments)

Moustic : Nous avons une vraie passion pour ce genre d'instruments, c'est un plaisir de jouer ! La preuve, nous avons répété deux heures ce matin ! En plus, ici, nous sommes tranquilles. Chez moi, les voisins auraient frappé au bout de dix minutes !

JVersailles : Répétez-vous tous les jours ?

Moustic : Normalement oui, mais comme nous avons eu deux derniers mois intenses, en ce moment nous faisons beaucoup de pauses. En revanche, la musique, c'est tous les jours !

Mastoc : Et nous rajoutons sans cesse des morceaux. Par exemple, La Panthère Rose, quand nous nous approchons de la fille. (Il fredonne)

Moustic : Vous voyez notre spectacle est sans cesse en évolution ! (rires) Pour Molière malgré lui, on faisait 1000km en voiture et certaines scènes changeaient jusqu'au dernier moment.

JVersailles : Merci d'avoir répondu à nos questions. Ce qui est drôle, c'est qu'au début on pensait que vous aviez tout le temps l'accent anglais, alors que pas du tout !

Mastoc : (Avec l'accent anglais) Oui, on est possédé !

Vous savez, Laurel et Hardy étaient doublés parfois par eux, mais parfois par des comédiens français. Comme il fallait une grande cohérence, les acteurs prenaient l'accent anglais. Nous, on fait l'accent des doubleurs de Laurel et Hardy.

Moustic : D'ailleurs les Anglais qui viennent nous voir après le spectacle, trouvent l'accent excellent et parfois même nous parlent en anglais, alors que je ne parle absolument pas leur langue (rires).

 

S  Malriat  et  B  Morin


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