Ce chat noir, quel cabot!
En cette soirée du 17 juin, un félin s’apprête à faire son entrée dans l’auditorium du Conservatoire de Versailles. Ou plutôt François Baulieu, un sociétaire honoraire de la Comédie française aux textes acérés et au timbre velouté. Accompagné de la pianiste Monique Bouvet, le comédien se joue de tous les registres, cite une pléiade d’auteurs, toujours dans la même optique : rendre hommage au cabaret du Chat noir.
Le Chat noir fut le lien incontournable du Tout-Paris à la fin du XIXème siècle, l’endroit où naquirent la chanson de cabaret et l’esprit de Bohème. Surfant sur la vague de la nostalgie d’un public souvent connaisseur, François Baulieu opère, en réalité, un certain retour dans le temps.
Les mots sont extrêmement pensés, travaillés. Pourtant, tout sonne naturellement, comme si le comédien, pourtant sur scène, était à nos côtés. Truffé de calembours, de jeux de mots, de références à l’époque phare du Chat noir, le texte souligne la plume talentueuse de François Baulieu, amoureux inconditionnel de la langue française et interprète sensationnel. Sautant de sujet en sujet, sans nette transition, le comédien fait rire, rire de la langue ou de la religion, rire de tout. Ce sera d’ailleurs l’une de ses premières citations d’auteur : « Rire est le propre de l’Homme » (Rabelais).
Accompagné d’une pianiste, tantôt interlocutrice, tantôt interprète des propos du diseur grâce à son instrument, les référence au Chat noir et à la Belle Epoque s’enchaînent. François Beaulieu présente les personnages inhérents au cabaret, rappelles les souvenirs connus de beaucoup, déclame des poèmes de l’époque, entonne les chansons d’anthologie. Ces morceaux, d’ailleurs, sont repris en chœur par tous les amoureux de l’époque, et ils sont nombreux dans la salle. Le comédien alterne moments drôles et moments de réflexion, transforme son accent d’origine; en somme, il prend du plaisir à jouer, et ce plaisir se transmet.
La fin du spectacle traduit l’ambiance-même de la soirée, à travers un adage applaudi : "Fuyez les gens qui se prennent au sérieux !" Les spectateurs sont conquis, le comédien, lui, est visiblement ému d’avoir été compris par son public. La soirée s’achève sur une reprise, par tous, de chansons de cabaret, le tout dans une émulation collective. Une très jolie création !
S Malriat

