Petite histoire du CMBV (2)
Une technique rigoureuse au service de la perfection
Les cours dispensés à la maîtrise mettent l’accent sur le développement de la voix : s’ajoutent aussi, en plus des traditionnels cours de solfège, les pratiques de technique vocale et de chœurs (chant collectif). Derrière son nom un peu obscur, le cours de technique vocale constitue en réalité l’un des enseignements les plus essentiels. Il s’agit pour le professeur, Caroline de Corbiac, d’enseigner à ses élèves toutes les techniques pour qu’ils puissent développer leur voix dans les meilleures conditions, de façon à la protéger. Le principe de base pour un chanteur : réapprendre à respirer : non pas en montant les côtes, mais de façon abdominale cette fois, la cage thoracique bien ouverte, pour que l’air puisse remonter entre les cordes vocales. Caroline définit ainsi le chant d’un point de vue technique : « il s’agit de maintenir l’ouverture de la cage thoracique tout en faisant travailler l’abdomen et tous les muscles inspirateurs ». Les élèves, très sérieux, se tiennent bien droit, au bord de leur chaise, ou debout, et imitent leur professeur dont les talents et les mérites ne sont plus à prouver. A ces exercices suivent des vocalises, des notes les plus graves aux plus aiguës. Grâce aux bons conseils de Caroline, en une vingtaine de minutes, les voix enrouées de l’après- récréation sont devenues capables de monter haut dans les aigüs avec une pureté angélique. Une fois les voix bien chauffées, le cours de chœur peut commencer.
La pratique du chœur est ce que nous pourrions appeler communément les répétitions. C’est en effet durant ces heures de travail intense que sont montées les pièces avant d’être interprétées en public. Hélène Pétrossian, assistante d’Olivier Schneebeli, reçoit chaque jour les Pages pour faire un premier travail de lecture des partitions, travail facilité par leur grande maîtrise du déchiffrage des notes. Mais il faut aussi donner du temps à un travail sur la prononciation, allemande, anglaise, et, bien sûr le plus souvent, celle du latin à la française où, par exemple, le u de dominus se prononce u et non pas ou. « Nous pourrions monter des pièces en une semaine, avoue-t-elle. Les enfants ont largement la technique et l’aisance pour le faire : ils les ont acquises au primaire. Les CM2 ont participé cette année à trois concerts, des œuvres complètes à plusieurs voix ! Cet immense gain de temps nous permet donc de travailler sur la musicalité, le sens que nous voulons donner à nos interprétations ». C’est dans cet esprit qu’Hélène donne ses cours. Ainsi, tandis qu’elle fait le bilan d’un concert donné la veille : « La justesse, la rythmique, tout était parfait. Mais il manquait de l’énergie, vous n’étiez pas assez présents. » « Il faut se sentir engagé avec son âme, et non pas seulement avec la bouche ! Il faut ressentir de la passion pour que ce que l’on dit ! ».
Passion, un mot qui revient souvent ici, en leitmotiv. Ainsi, Olivier Schneebeli affirme : « Rien ne s’acquiert sans beaucoup de travail et de passion. » Une fois le travail préliminaire accompli par Caroline et Hélène, Olivier peut l’évaluer et y donner une dernière touche, en rajoutant encore une fois des éléments d’interprétation pour donner du sens aux termes du texte chanté. Une élève n’arrive pas à chanter un ornement trop difficile ? Une phrase d’Olivier qui semble incompréhensible à l’inculte : « Pense la phrase avant de la chanter. » L’élève, elle, a bien compris. Aussitôt, sa voix s’envole avec perfection. « Tout se fait dans la coopération, explique Olivier. A la maîtrise, l’enseignement est très exigeant mais il est accepté par chacun de nous, grâce à la passion que nous partageons tous pour la musique. C’est de là que nous tirons notre énergie à poursuivre le travail. »
Les chantres
Aux côtés de ces jeunes adolescents, chantent également des adultes, dont l’objectif est de devenir professionnels. Ce sont les chantres. Tout jeune de 18 ans peut envoyer un CD à la maîtrise sur lequel il interprète trois pièces (dont une au moins de baroque français) ainsi qu’un CV précisant ses compétences musicales, pour tenter ensuite une audition dans l’objectif de rentrer chez les chantres. Une fois admis, le chantre (homme ou femme) suit un cycle de trois ans où il valide différentes UV (déclamation, chant, instrument, danse…). Il pourra ensuite être remarqué et intégrer de grands ensembles (« Le Poème harmonique », « Le Concert spirituel » …), et peut-être même démarrer une carrière de soliste. La maîtrise entretient toujours un lien avec les professionnels, que ce soit lors des examens : les adolescents et adultes sont évalués en présence de membres de jury venant pour la plupart de l’extérieur, mais aussi lors de master class. Les enfants eux-mêmes ont conscience de travailler en présence de véritables professionnels, ce qui leur fournit une motivation supplémentaire.
